De fil en fil… les liens font grandir : décryptage du thème par Françoise Leclaire

De Françoise Leclaire, co-fondatrice, co-présidente de l’association AFALAC

Avez-vous remarqué que les mots texte et textile ont la même racine ?

Ce n’est pas un hasard.

Les deux viennent du latin texere, qui signifie tisser, entrelacer, assembler. Textus désignait d’abord un tissu, un entrelacement, avant de prendre le sens de texte.

Un texte est donc, étymologiquement, quelque chose que l’on tisse : on entrelace des mots comme le tisserand entrelace des fils.

Et cette métaphore n’est pas seulement une jolie image.

Dans de nombreuses cultures, le fil, le tissu et le tissage permettent de penser les relations entre les êtres, la transmission et la construction de soi.

Chez les Dogons du Mali, le tissage et la parole sont intimement liés. Dans le récit mythique de la création, le langage et l’art du tissage sont transmis ensemble aux humains. La parole elle-même est pensée comme un tissage : les mots sont comme des fils que l’on entrelace pour construire un discours.

Parler, c’est donc aussi tisser.

Tisser des mots.
Tisser du sens.
Tisser du lien.

Cette image nous parle particulièrement lorsqu’il s’agit du tout-petit.

Le nouveau-né arrive au monde sans les mots pour raconter ce qu’il ressent et ce qu’il découvre. Ce sont les échanges avec les adultes qui vont progressivement lui permettre de mettre des mots sur le monde.

De fil en fil, l’enfant se construit dans les interactions.

Et ces fils ne sont pas uniquement ceux de la langue française.

Il y a la langue dans laquelle on berce.
La langue dans laquelle on console.
La langue dans laquelle on chante.


Toutes ces paroles participent à la trame dans laquelle l’enfant grandit.

Au Sénégal, le pagne qui enveloppe ou porte le bébé donne une autre dimension encore à cette métaphore du fil. Le tissu peut devenir une véritable enveloppe corporelle, affective, sociale et culturelle : il protège, porte, rassure et inscrit l’enfant dans une histoire familiale et communautaire.

Le tissu devient alors une enveloppe qui protège, mais aussi un objet qui relie.

Il relie l’enfant à ses parents, à sa famille, à son histoire et aux générations qui l’ont précédé.

Et l’on retrouve ici une idée essentielle pour penser la petite enfance :

un enfant ne grandit jamais seul.

Il grandit dans une toile de relations.

Une voix qui rassure.
Des mots qui dessinent le monde.
Un livre partagé.

Les langues sont elles aussi des fils : des fils qui relient l’enfant à ses parents, à son histoire, à ses proches et au monde.

De fil en fil, de langue en langue, de parole en parole, l’enfant tisse son histoire.

Accompagner un jeune enfant dans un monde plurilingue, c’est l’aider à tisser les fils, lui permettre de les entrelacer.

Pour qu’il puisse construire une trame qui lui ressemble.

De fil en fil… les liens font grandir.