De fil en fil… les liens font grandir : décryptage du thème par Andrew Matiasko
Découvrez le thème décrypte par Andrew Matiasko, référent pédagogique d’Agir pour la petite enfance
Ce qui me touche dans cette thématique, c’est qu’elle nous invite à regarder autrement des gestes qu’on connaît par cœur. Un enfant qui pleure à la séparation et qu’on prend contre soi le temps qu’il faut, puis avec le temps qui arrive avec le sourire. Ce sont des fils discrets, presque invisibles, et pourtant ce sont eux qui portent tout le reste.
Car c’est bien l’enfant qui est au cœur de ce fil. La sécurité affective n’est jamais un luxe ni un supplément d’âme : c’est la condition même de l’exploration, du jeu, de l’apprentissage. Je pense à cet enfant qui, un matin, lâche enfin la jambe de l’adulte pour aller vers le tapis de jeu, sans se retourner. Ce moment-là, ce n’est pas de l’indifférence, c’est tout le contraire : c’est parce qu’il sait le lien toujours là, disponible, qu’il peut s’en éloigner sans crainte. Grandir, c’est ça aussi, apprendre qu’on peut partir parce qu’on sait qu’on peut revenir.
Et ce lien qui fait grandir l’enfant ne se construit jamais seul, il se tisse avec le parent. Confier son enfant, c’est accepter qu’un autre adulte le connaisse aussi, le comprenne parfois plus vite qu’on ne l’aurait cru possible, et cette rencontre-là peut être vécue comme une menace ou comme un soutien, selon la manière dont on la construit ensemble. C’est là tout l’enjeu, non pas deux mondes qui se juxtaposent, l’un à la maison, l’autre au lieu d’accueil, mais un même fil tissé à plusieurs mains, où chacun apporte sa connaissance de l’enfant sans que l’autre en soit dépossédé. Le parent grandit lui aussi dans ce fil tendu, il apprend à faire confiance, à recevoir un regard extérieur sur son enfant non pas comme un jugement mais comme un cadeau, à lâcher prise un peu sans se sentir remplacé.
Alors quand on pense grandir, c’est bien l’enfant qui reste au centre : celui qui explore, qui teste, qui revient se blottir puis repart encore un peu plus loin. Mais autour de lui, tout un système de liens se tisse et le porte, sans lequel rien de tout cela ne serait possible. Cette année, la semaine nous invite à tirer ces fils un par un, sans en oublier aucun, et à nous rappeler que ce sont peut-être les liens les plus discrets qui font grandir le plus sûrement.